Portrait : Elodie Arrault, the Baikal race et bien plus encore !

Je l’ai découverte il y a peu de temps avec le projet de La Baikal race dont elle nous parlera plus longuement…. Elodie, c’est une bouffée d’air frais, un vent de motivation… On la lit, on regarde ce qu’elle fait et on se dit que tout est possible ! Bref, j’avais du coup très envie de la connaitre…

Bonjour Elodie, ravie de faire te connaissance ! Et merci de répondre à cette interview !

–          Après quelques petites recherches, je me rends compte que tu es une athlète de toujours, mais une aventurière depuis peu (2009 ?) ? Raconte-nous comment tu es venue au sport d’aventure ?

Je n’ai jamais été une athlète en fait 😉 . Ado j’aimais le sport, et j’avais même songé au Creps. J’aimais courir, et presque tous les sports sauf le lancer de poids et de javelot et les sports co ! Finalement ma vie a suivi un autre chemin. Ecole de commerce, boulot, enfants, je faisais un peu de ski tous les ans et du tennis régulièrement.

Après, bien plus tard, vers l’âge de 38 ans , je me mets à courir un peu car ma sœur me propose de faire Marseille -Cassis. Je me prends au jeu et m’inscris au club d’athlétisme de ma ville (Cavaillon à l’époque). En parallèle, comme j’accompagne ma fille à la piscine, je me laisse tenter par des cours de perfectionnement adulte.

Alors comme je circule à vélo je me fais  » repérer  » par des triathlètes qui me proposent d’essayer. Pourquoi pas !

Je déménage l’année suivante à Marseille et par un jeu de hasard une nouvelle connaissance me présente à son club de triathlon. Ils sont bien plus affutés que moi mais on forme une bonne bande. Alors je me laisse embarquer sur une inscription groupée pour l’ironman de Lanzarote … Je suis consciente que c’est fou mais s’offre à moi une année d’excitation.

Puis je me laisse aller à la Diagonale des fous, au défi monte Cristo, à la Vasalopett (la plus grande course de ski de fond en Suède), à l’ironman d’Embrun… elodie-arrault-santesportmagazine-feminin-12

En fait je me laisse aller à l’aventure du défi, au champ du possible. C’est grisant, cela me reconstruit après des années difficiles. Comme si je me refaisais une identité.

C’est donc en peu de temps que j’ai franchi la barrière des longues distances. J’apprécie le voyage qui y est associé.

Alors je me mets à rêver de désert (mais pas envie de MDS) et je tombe par hasard sur le teaser du Treg. C’est une première, je serai la seule femme, les photos me séduisent. Je signe. C’est là que mon goût pour le sport s’associe désormais pleinement au goût de l’aventure. Je passe progressivement dans une autre dimension. J’aime aller à la rencontre des personnes qui vivent dans les pays que je traverse. Le Treg est un message d’espoir de paix pour le Tchad, et les femmes ont là-bas un rôle tout particulier. Aussi me voilà nommée  » ambassadrice  » de l’office de tourisme tchadien … Quel honneur !

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Mon conjoint, semblable sportif et voileux, est attiré par les pôles, les glaces. Il me propose de passer en mode expédition avec le projet de traversée du Baikal en char à glace. Encore une fois, je signe!

L’endurance est encore au rdv, mais dans un autre registre.

–          Tu as un sacré palmarès ! Traileuse, triathlète, raideuse… Peux-tu nous parler des quelques courses que tu as faites ? Ironman de Nice, embrunman, grand raid de la réunion, le TREG… ?

Le palmarès ?! Le mot est fort. Sauf si on attribue le palmarès à  » c’est possible « .  Ces défis m’ont sortie du chaos, j’avais de l’énergie dûe à un mode survie. Je n’avais pas pleinement conscience de la dimension des défis.

Mais ils m’ont permis d’explorer les capacités physiques et mentales de notre corps, et elles sont extraordinaires, presque infinies.

Bien sûr, il faut faire attention, et j’ai la chance d’être peu (voire pas) blessée.

Lors de l’ironman de Lanzarote, comme ma montre est tombée en panne, je me suis rendue compte que je connaissais mon temps intuitivement. Mon corps avait enregistré.

Pendant la Diagonale j’ai appris à lutter contre le sommeil. L’effort a décuplé le plaisir de parcourir ce paysage sublime. J’ai aimé les lichens, pataugé dans la boue et les flaques, flirté avec le ciel en haut du Maido.

Pour le Treg je partais avec une sorte de quête spirituelle, et j’ai été servie au-delà de mes espérances. J’ai vécu deux nuits magiques, seules au milieu du désert de l’Ennedi. Seule avec des hallucinations féeriques.

Lors de l’ironman d’Embrun, j’ai nagé de nuit, voyant les cimes des montagnes s’éclairer , j’ai flirté avec les barrières horaires , arrivant presque dernière au parc à vélo , j’ai repris mon dossard des mains de l’arbitre après avoir abandonné quelques secondes , voulu me jeter dans la Durance , et puis fini sous le feu d’artifice de clôture .

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Que de beaux souvenirs gravés à jamais.

–          Quel est ton plus beau souvenir ?

Ils sont tous « meilleurs » les souvenirs ! Ils sont divers … Ce sont aussi des souvenirs d’entraînement. En voici quelques-uns en vrac: Des entraînements vélo mémorables : la route des crêtes depuis Cassis sous la neige, un Marseille /Saint Rémy de nuit , mon premier 180 km vengeant une interdiction de mon père à faire cette distance seule ( à 17 ans !)… Le franchissement de la ligne d’arrivée de mon premier Ironman , avec un amical bras d’honneur à ma bande d’amis qui n’y croyaient guère … Un monologue avec un chameau qui ne voulait pas me laisser faire pipi tranquille , deux hommes surgis de la nuit pour m’offrir le thé , l’ambiance folle de la Pierra Menta, le dîner ravito du championnat de France de verticale race ( ski alpinisme) avec Kilian Jornet et Emelie Forsberg, les entraînements natation à l’Estaque , la douche à la Possession ( Diagonale) après une bonne diarrhée, les crêpes au ravito de l’école sans souci , un courrier du petit prince sur le parcours du Treg,  ma fille sur le parcours du Treg, la baignade dans la rivière du fond du Canyon chez les raramuris , et les quelques heures de sommeil à la belle étoile , les bougies éclairant le dernier kilomètre de la Vasalopett, les marrons glacés gagnés à la foulée blanche , les entraînements  » secrets  » de ski nordique , le sommeil réparateur sur une aire d’autoroute , les repas récompense, les vilains T Shirt, un finish à la corde en triathlon relais, mon premier bouquet de fleurs . La liste pourrait être très longue. Il y a du partage, du paysage, de l’effort, du réconfort , de la trouille aussi parfois , des bobos, du froid, du chaud .

–          Quel est le sport qui te plait le plus et pourquoi?

Le sport que j’aime le plus ? La vie !!!

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Life is a beautiful sport … Comme dirait une certaine publicité.

J’aime ce qui est très simple, qui ne nécessite pas forcément de matériel. Alors courir, nager … Et puis rouler, skier.

Mais j’aime aussi les valeurs du sport, encourager d’autres pratiques , être fière des athlètes , être émue devant les prouesses. Ressentir les vibrations, la discipline et l’amour donnés.

–          Bientôt la Baikal race, d’ailleurs bravo pour l’obtention de la bourse Millet ! Peux-tu nous expliquer comment est né ce projet, en quoi il consiste, quand il a lieu, et comment tu te prépares pour ce projet ?

Là je pourrai déjà en écrire des tartines .., avant même que l’expé ne commence ! Parce qu’en fait, c’est 2 ans de préparation ! L’idée est venue cette fois de mon conjoint Dominique Bleichner passionné par les glaces. Avant d’aller flirter avec les pôles, il s’est dit que la Siberie serait déjà une belle expérience ( nous sommes aussi fans de Sylvain Tesson ). Et puis c’est un navigateur, alors il a eu l’idée du char à glace. Un peu insensé, farfelu … Mais pourquoi pas ! L’idée est de le traverser sur toute sa longueur, soit 636 km, du Sud au Nord, en autonomie et sans assistance motorisée.

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Il y aura des zones de glisse, mais autant de zones de tractions (zones enneigées ou fracturées avec amoncellements de blocs de glace. Ce sera physiquement très engagé et éprouvant. Nous avons pour cela effectué une reconnaissance des lieux cette année, pour un grand Go le 1 er mars 2017. Nous avons testé notre matériel, notre résistance au froid (-30), ma peur (dormir sur ce lac qui craque, quand on sait que c’est le plus profond du monde est assez anxiogène). Nous avons fait construire un char d’itinérance qui est un prototype, il sera de surcroît équipé d’un spi , ce qui est inédit . Le décor est magique, le lac est considéré comme une mer sacrée.

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C’est aussi un haut lieu de chamanisme. Nous ferons une célébration avant de partir. Il a fallu aussi trouver des moyens de financer, d’où les bourses: Millet et La Guilde. Cela nous apporte quelques sous mais aussi du matériel et des partenaires. Nous avons par ailleurs trouvé d’autres sponsors auprès de qui nous ferons des conférences au retour. Nous avons bouclé pas mal de choses mais une foule de détails nous attend encore 😉

–          Récemment, tu as mis en place un autre projet, les bikettes…. Peux-tu nous dire de quoi il s’agit ?

Les Bikettes , c’était un duo ( ma copine Corinne Sabatier et moi ) constitué pour postuler à un concours : The Trip . Le duo gagnant partait traverser plusieurs pays et continents pendant 2 mois en moto, quad… 4×4! Le rêve pour des motardes baroudeuses comme nous ! Mais nous n’avons pas gagné 😉 Parce qu’on ne gagne pas à tous les coups !!! Mais cela a fait germer en moi cette envie de Road Trip … Alors comme notre char à voile ne rentre pas ni dans l’avion ni dans le transsibérien, alors j’ai décidé de faire le trajet 😉 J’ai donc acheté un van russe, que je vais chercher en Tchekie en novembre, et puis j’emmène tout le matériel à Noël en faisant Paris Irkoutsk via Moscou . 8000 kms ! Après l’expé, je rentre aussi par la route avec mon fils (12 ans, il fera son troisième trimestre par correspondance). Mais par la route de la Soie . Il se trouve que ma fille aînée est étudiante cette année en Chine à Xian.., donc c’était mon alibi !!! Ce qui veut dire que nous allons traverser le désert de Gobi  par la Mongolie et la Chine, puis traverser toute la Chine pour rejoindre le Kirghizistan, l’Ouzbekistan, le Kazakhstan , l’Ukraine , la Roumanie , la Hongie , l’Autriche , l’Allemagne et enfin .., retour en France en juin !!!

 

–          En fait, tu es une vraie boulimique de sport ! Comment arrives-tu à concilier ce sport avec ta vie de famille (Elodie a 3 enfants) ? Que fais-tu comme métier ? Est-ce que tu arrives à emmener tes collègues dans ces aventures ?

En fait je suis une vraie boulimique de la Vie, et c’est le sport qui m’a fait découvrir cela. Quand on pratique de plus en plus de sport, tu le sais, on sort de ses zones de confort. Pour la plupart des gens, cela n’est que de la souffrance. Il y en a bien sûr, car c’est dur de dépasser ce qu’on croyait être une limite, mais on arrive alors à de la conscience. Celle d’être vivante, de vibrer, d’être, de ne retenir que l’essentiel. Alors ça c’est le message principal que je souhaite délivrer à mes enfants. Je leur montre avec le sport, mais s’ils souhaitent trouver cette conscience  grâce à l’art ou autre chose, c’est tout ce qui compte. Ils vivent dans cet univers, de sport, d’aventure et de voyage. Cela peut leur arriver de râler, mais ils ont bien réalisé que leur maman était ainsi heureuse.  L’aînée est attirée par les différentes cultures et l’accompagnement en montagne. La seconde veut aussi voyager, mais sera plus citadine ! Le dernier … Adore monter à l’arrière de la moto, faire du sport , et se réjouit de partir en Road trip ! Il en rêvait. On avait fait un petit périple en vélo cet été tous les deux. Quelle ténacité mon bonhomme … Côté métier, il faut faire des choix avec une vie comme ça ! J’ai renoncé à une carrière promise par mes études en école de commerce !!! Mais là aussi j’ai gardé mes passions. Je suis retournée au Lycée agricole pour me spécialiser en huiles d’olive (prochain périple le tour du monde des huiles d’olives). Et j’ai monté une start -pu: plateforme web qui permet aux sportifs d’échanger leurs dossards. Pour mette un peu de beurre dans les épinards, je suis coursier à vélo dans Paris! J’adore redécouvrir Paris sous cet angle, être libre.

–          Quel est ton objectif à travers toutes ces courses ? Que cherches-tu ou que souhaites-tu trouver en réalisant toutes ces courses ? Quel message souhaite tu faire passer à toutes les femmes (ou les hommes !) qui peut-être n’osent pas se lancer des défis ?

Je n’ai pas d’autre objectif que de me sentir vivante et libre.  » Femme exaltée  » comme diraient mes enfants pour se moquer ! Ces courses, et maintenant ces aventures, m’ont détachée des biens matériels. Attention je ne renie pas tout non plus, mais j’appelle à une consommation beaucoup plus modérée, et j’aspire à une célèbre sobriété heureuse. Je souhaite à chaque personne de trouver, par le sport ou autre chose, l’essentiel.

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Nous n’avons pas tous les mêmes rêves ni les mêmes échelles. Mais ça ne tombe jamais du ciel … Un premier pas, une première action vers le rêve est une très grande Etape. Avec un peu de discipline, et surtout avec beaucoup d’envie, tout est possible. Il faut garder son cap en se libérant du « comment  » et du « quand « … L’univers fera le reste 😉

Un grand merci Elodie, et surtout bonne chance pour tes prochaines aventures !

 

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