J’ai fait l’ironman de Barcelone par Fabrice!

ET SI ON REMETTAIT ÇA ? Part notre Fabulous Fab qui nous raconte…

Je vous ai quitté lors de mon dernier récit sur la « finish line » de l’Ironman France Nice. Le problème, c’est qu’on prend goût à cette vie de quête, de dépassement de soi, qu’on a besoin de se mettre sous pression. Les copains m’avaient pourtant prévenu.

-« Fais gaffe Fab. L’après, c’est compliqué à gérer. »

Je n’y croyais bien évidemment pas et je me suis retrouvé dans le vide intersidéral de la vie sans objectif sportif ambitieux. Je deviens aigri et triste. Je me rends vite compte que j’ai besoin d’y retourner. J’en parle à ma chère Édith qui fut déjà si patiente pour l’aventure niçoise.

« – faut que j’y retourne poussin

– je m’en doutais. Pas de problèmes. On va où ?

– Barcelone »

Ma femme est vraiment incroyable. Elle accepte sans rechigner de revivre ça, juste par amour.

Mon choix s’est porté sur Barcelone pour son circuit vélo, tout plat, très roulant, conforme à mes aptitudes. Après tout, après le half altriman et Nice, j’avais bien le droit d’aller m’amuser là où je suis bon. Première chose, voir si mon pote Fabrice accepte de me reprendre en main et de me coacher à nouveau. Il n’est pas simplement d’accord, l’idée l’enthousiasme. C’est donc reparti.

Je serai « double Ironman ». Objectif, passer sous les 12h30.

La course étant très loin dans la saison, il faut bien que je m’occupe d’ici là. Je me lance alors un premier défi au mois de mai : 4 triathlons en 3 semaines.. je démarre ma série le 1er mai à St Cyprien pour un S, le week-end suivant le half de Lacanau que j’avais déjà couru en 2015 et une semaine plus tard, direction Mimizan pour le S par équipe le samedi et le M le dimanche. Je termine cet enchaînement bien fatigué mais super heureux.

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Après quelques jours de repos, je reprends l’entraînement plein d’envie et de confiance. Je suis le programme de Fab à la lettre et ça commence à le faire franchement. Je me sens vraiment bien.

Le 26 juin, une sortie club un peu spéciale est annoncé avec un circuit très roulant et un petit « contre la montre individuel » de 15 bornes à la fin, le tout dans une ambiance bon enfant. On se retrouve une bonne bande de copains au départ, il y a même mon super pote, mon « Master Éric Yoda », tout est réuni pour passer une matinée mémorable … elle le sera, mais pas comme je l’imaginais. Nous essuyons une première chute sans gravité vers le 60ème km dans laquelle sont pris 3 copains dont Éric et il s’en est fallu de peu que je tombe moi-même. Cela ne nous calme que quelques kilomètres et c’est reparti pour les « jeux nathan » (ceux qui rendent intelligent 😉). On se met tous à la planche et c’est à celui qui fera sauter les autres. Nous sommes sur un léger faux plat descendant ponctué de quelques talus qui se passent tout en puissance. Le terrain m’est propice. Mon poids m’y handicape peu et je peux faire parler les watts. Par conséquent, j’arrive à accrocher les meilleurs. Je suis devant avec Éric quand 3 copains nous passent. Éric relance pour les raccrocher et je me fais la peau pour garder sa roue. C’est alors que je vois des morceaux s’échapper de son vélo et je comprends immédiatement ce qui va se passer. Nous roulons très vite (62km/h dixit Garmin) et nous allons manger le bitume. Ça va très vite et j’ai pourtant l’impression de vivre la scène au ralenti. Éric tombe, je lui roule dessus et le rejoins, je sens mes os se briser, je hurle, j’ai mal et je suis sur que je vais mourir. Je roule-boule sur une trentaine de mètres et je m’immobilise. Les copains s’arrêtent, viennent nous aider et appellent les secours.

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Bilan : clavicule et une cote cassées pour moi et clavicule, omoplate et cinq côtes cassées pour mon ami (Bè oui, quand je roule sur quelqu’un, les côtes mortes se ramassent à la pelle). Pour Éric qui s’était inscrit à Vichy en août, c’est terminé. Pour moi, les médecins sont partagés, au moins six semaines sans rien faire voire plus. Je n’arrive pas à y croire, deuxième Ironman et deuxième chute pendant la prépa. Je suis effondré, les images de la chute tournent en boucle dans ma tête, il m’arrive régulièrement de ne pas pouvoir retenir mes larmes, j’ai eu si peur … au bout de quelques jours, la peur refait place à l’envie. Le traumato que je vois à l’hôpital me dit de ne rien faire jusqu’à la fin août sans même me donner de raisons valables. Je laisse ce rigolo nager dans son incompétence et décide de prendre un second avis auprès d’un médecin du sport recommandé par mon pote Loulou. Ce médecin me donne le feu vert en me prévenant que je vais souffrir mais que ça devrait tenir. Je reprends donc l’entraînement le 1er août après 5 semaines de coupure totale. J’appelle Fab et lui annonce la bonne nouvelle. Il n’y a plus qu’à faire un plan d’entraînement pour préparer un Ironman en 7 semaines. Fab m’avoue que malgré sa grande expérience, il va falloir naviguer en eau trouble, la situation est assez inédite. Bien évidemment, les objectifs sont revus à la baisse ainsi que les allures. Mais après tout, je me dis : Aller vite, je n’ai jamais su le faire. Par contre, aller au bout quand tous les voyants sont au rouge, quand ça paraît impossible, quand ça parait trop dur, c’est ma spécialité. J’irai chercher cette médaille quoi qu’il m’en coûte.

Quand Fab me montre le plan, je comprends de suite que les sept semaines à venir vont être … comment dire … inhumaines. « Si ça doit le faire, ça passera par ça » me dit mon Fab. Ce plan est terrifiant et excitant à la fois. Sans rentrer dans les détails, je peux vous dire que j’ai rarement souffert comme ça, que j’ai beaucoup pleuré de douleur et que Édith m’a souvent ramassé à la petite cuillère sans jamais oublier de m’encourager et de me promettre que j’y arriverai, qu’elle en était persuadée. Je termine ma prépa épuisé mais avec un niveau de perf qui me rassure. Place à la dernière semaine, celle de la récup et surtout, celle de la course !!!!

Nous arrivons à Calella le vendredi sous un soleil magnifique et une météo printanière. L’ambiance est très « vacance », la pression montera petit à petit jusqu’au dimanche matin. Je vais récupérer mon dossard, visite un peu le village expo et fais chauffer la carte en plastique à la tente « Ironman store ». Puis repos le reste de la journée. Le samedi, j’encourage Édith qui court l’Irongirl, un super moment malgré la contre perf de ma chérie qui s’était pourtant bien entraînée pour ce sept kms. Nous sommes quand-même contents, elle a une belle médaille et un beau T-shirt, elle me montre la voie en somme. Nous récupérons les copains Jean-Mi, Franck et Christine qui sont venus m’encourager (Je ne les remercierai jamais assez), un peu de repos et il est temps d’aller poser le vélo et les « bags » au parc à vélo. La pression monte sérieusement. Je gonfle mes boyaux avant d’y aller et …. Je casse l’obus du boyau de la roue arrière. C’est la panique. Je vais voir le gars du service dépannage au parc qui me dit qu’il n’a pas le temps et qu’on pourrait voir demain matin. La soirée se passe bien, un petit resto avec les copains et dodo. Une rude journée m’attend.

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La nuit fut correcte, j’ai bien dormi, petit déjeuner et go. Au moment de fermer la fermeture éclair de ma trifonction … elle me reste dans la main !! Une furieuse envie de hurler m’attrape, je reste calme et change de combi (heureusement, j’en avais pris deux) je suis quand même déçu de ne pas faire la course aux couleurs de mon cher « Triathlon Club Montalbanais ». Nous partons vite au parc, il est très tôt mais il faut régler ce problème de boyau. Là, le mécano a le temps et arrive à changer l’obus. Je mets mes deux roues à neuf kilos et je suis près. À ce moment là, après toutes ces péripéties je suis super confiant. Oh pétard, je vais tout casser.

Je suis sur la plage au milieu de tous les autres triathlètes et je rentre dans ma bulle. Je me revois, il y a quelques semaines, allongé sur le bitume, voyant mes rêves m’échapper. Je me revois finissant mes séances de 3h30 de course à pied en larmes avec Édith qui m’aidait à enlever mes chaussures. Je me souviens de mes souffrances dues à ma clavicule douloureuse à chaque séance natation. Je repense à mon pote Éric qui a laissé son rêve sur le bitume, je le ferai pour toi mon ami. Je n’ai pas fait tout ça pour rien. Aujourd’hui, c’est jour de paye !!!

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Le départ se fait en « rolling-start », quand vient mon tour, je m’élance dans la méditerranée pour une très longue journée. Je pose ma nage, trouve mon rythme mais la légère houle me gêne pour me diriger. Au final je fais, je crois, la meilleure natation de ma vie. Je parcours 4100m (et oui, j’ai fait du tourisme) en 1h15. Je me sens en très grande forme et attaque le vélo avec de l’ambition. Dès que je sors de Calella, je mets du gaz et ça le fait, j’ai des jambes de feu. J’ai du mal à rouler en dessous de 35 km/h et j’arrive au pied de la petite bosse à 33,5 de moyenne. J’attaque cette côte avec prudence ne sachant pas à quoi elle ressemble et en fait, ce n’est qu’une « cotelette ». J’arrive au sommet alors que je me demande encore quand ça va commencer. Je me régale dans la descente, le 1er demi-tour arrive et je repars cers Calella avec un léger vent de face qui ne me gêne pas trop. À la fin du premier tour, la team est là pour m’encourager et ca fait du bien. J’ai bouclé le premier tour sans avoir l’impression de forcer a 31,5 de moyenne. L’allure fixée avec Fab étant de 27 de maye, je décide d’être raisonnable et de faire le second tour en dedans. Lorsqu’on établie un plan de marche, il faut s’y tenir. Le deuxième tour se passe très bien, c’est un vrai bonheur de rouler sur ces routes au revêtement parfait dans ces conditions de course (le circuit est entièrement fermé à la circulation). Je termine mon vélo en 6h15 à presque 29 de moyenne. Quel bonheur de voir Édith et les potes en rejoignant le parc. Je pars pour mon marathon.

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Je suis tout étonné de ma condition et de ma fraicheur. Rien à voir avec Nice où j’étais fatigué dès le début du vélo. Les premiers Kms de course à pied se passent mieux que prévu. Je suis facile et je me force à respecter l’allure très lente mais adaptée de 7’15’’ aux mille prévue avec Fab. Je commence à rêver d’une course belle, d’une course noble où je ne marcherais pas. Quelle victoire sur le destin ce serait ! Malheureusement, le rêve ne dure pas. Au dixième, je commence à le trouver très dur. L’essence commence à manquer. 7 semaines pour préparer un Ironman, ça se saurait si ça suffisait. Je me force à courir le plus loin possible, j’aimerais courir jusqu’au semi mais au 18ème, je suis pris de nausées et me résigne à passer en marche rapide. Je marche à 9mns aux mille et espère encore passer sous les 14h. Edith et les copains se relaient pour me tenir compagnie et me remonter le moral. Cette course de rêve se transforme en cauchemar, au 32ème le réservoir est vide, je n’en peux plus, mes jambes me portent difficilement, les genoux ont du mal à se plier et je manque tomber à plusieurs reprises. J’envisage même l’abandon, pensée qui ne m’avait jamais effleuré l’esprit dans aucune course. Bien évidemment, je n’en ferai rien et j’irai au bout de cette incroyable aventure. Je retrouve Édith à quelques centaines de mètres de la finish line : » bravo mon amour !!!! Tu as fini !!! Allez, va chercher ta médaille !!! «. Je ne sais pas comment, j’ai réussi à me remettre à courir pour passer la ligne avec noblesse. Je crie, je pleure, je serre les poings, je n’arrive plus à lever les bras. Je m’étais juré de prendre le temps pour mon passage sur la ligne et d’en profiter au maximum. Pourtant, je passe en courant, sans m’arrêter mais c’est quand-même incroyable. Seul ce type d’épreuve peut vous pousser si loin dans l’effort et l’émotion. Un formidable miroir dans lequel on se voit dénué de tout artifice, dans lequel on voit sa nature profonde, sa valeur, son âme.

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Quelques jours furent nécessaires pour récupérer. Depuis, j’ai clamé haut et fort que je ne voulais pas refaire d’ironman en 2017, que je n’avais pas envie de souffrir à nouveau autant et au moment où j’écris ces quelques lignes, je viens de valider mon inscription à  «Ironman Barcelona 2017 ». Allez comprendre … 😊

Je tiens à remercier (Même si je l’ai déjà beaucoup fait) mon Édith, femme merveilleuse d’amour et de patience ; mon ami Super Coach-Fab, le seul coach capable de faire un plan « Prépa-Express-Ironman » ; Jean-Mi, Franck et Christine qui sont ont fait le déplacement pour m’encourager et tous ceux qui, par les messages sur facebook, par mail ou SMS m’ont encouragé et aidé à aller au bout.

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