J’ai survécu à la diagonale des fous…

La diagonale des fous… j’en avais rêvé depuis des mois. Puis à l’approche de cette course mythique dont tous les traileurs parlaient… Je commençais à me poser mille questions… Ces questions qui reviennent sans cesse… Mince, me suis je assez entraînée ? Comment va être le parcours ? J’avais lu beaucoup de compte rendus mais honnêtement, on ne sait jamais vraiment comment c’est avant d’avoir vécu l’expérience Soi même… Voici la mienne !

Arrivée à La Réunion

Dès notre arrivée on comprend que le climat est plutôt favorable ! C’est chez Babeth que nous avons passé le séjour. Presque 10 ans que nous ne nous étions pas vues, après le lycée. Comme ça faisait bizarre ! Je ne la remercierai jamais assez pour son accueil chaleureux et sa gentillesse…

Les deux jours avant la course elle nous donnait les conseils pour visiter « rapidement » cette jolie île.

Mais le stress approchait…

Petite balade avant le départ…

Le jour J

Wow, le temps avait passé si vite. En fait j’étais vraiment heureuse de prendre le départ de cette course. J’en avais envie, j’avais l’impression que les montagnes allaient encore m’apprendre quelque chose de moi. J’avais cette aspiration profonde à m’eveiller, à m’ouvrir sur le monde, à laisser entrer tout ce qui devait entrer en moi. Je me sentais soutenue, aimée, accompagnée. Il ne pouvait rien m’arriver de mal, la course était bien organisée… et s’il fallait abandonner… il y avait il vraiment honte à cela ? Non, bien évidemment. Alors cela ne pouvait être que du positif.

Vaincre la muco !!!! Toujours dans mon cœur !

Papa m’accompagnait en voiture jusqu’à Saint Pierre. Un monde fou… une ambiance folle. La musique… les danses… Et moi stressée. Un dernier bisou à papa Et me voilà dans le sas pour la longue attente…

Départ imminent … nous voilà sur le feu… la musique à fond ! Pan !!!!! Mon dieu tous ces gens qui nous crient dessus !!! Je cherche papa du regard mais il y a trop de monde… après 2,5km de course je décide de ne plus le chercher du regard je sais que je l’ai déjà passé. Les gens sont toujours là… à crier et chanter ! Les enfants tendent les mains… je tape dedans…

On m’a prévenue qu’il y avait des bouchons aux environs du 10ème km alors j’essaie de tenir un rythme de course correct.

C’est beau dans la nuit toutes ces lumières… ma lampe frontale n’est vraiment pas terrible… il faudra que j’envisage une autre lampe pour les trails de nuit!

Je cours jusqu’au premier ravito du 7ème km, je trouve que je suis bien partie ! Pourtant dès le 15ème km jusqu’au 20ème nous sommes dans les bouchons… c’est assez « cassant » car nous venons tous de courir vite pour finalement stopper net dans la nuit… le froid arrive sur nos nuques déjà humides. Il va falloir prendre son mal en patience. Au total, ce seront 1h30/2h de bouchons qui viendront me couper mais je suis bien décidée à aller au bout de cette aventure !

La première nuit

Elle se passe bien, nous sommes encore frais. Même si je somnole un peu. Je décide de faire une pause.

Je me rends compte que les ravitos sont assez éloignés en timing même s’il y a peu de kms. Je ne mange pas assez et je suis assez vite dans le rouge. Je cherche les pâtes et le riz pour bien refaire les niveaux et je prends mes barres PowerBar natural entre les deux.

Il ne faut rien laisser au hasard car on est hyper sollicités d’un point de vue énergétique!

Je ne supporte plus l’eau seule, heureusement j’ai les électrolytes PowerBar en sachet individuel. Papa me refera les niveaux à cilaos !

Jusqu’à cilaos

Très honnêtement, je me mets dans le rouge sur cette première partie tellement c’est raide! Le plus difficile sera la grande montée et la descente raide juste avant Cilaos. Là je me dis que ça va être compliqué d’arriver au bout. Je vais tout donner mais je me rends compte que c’est une course de malade. On est en prise tout le temps, le cardio monte et le terrain est accidenté. Les montées sont difficiles et raides, les descentes aussi et cassent les genoux/jambes. Sans parler du fait qu’on passe des tronçons de cailloux, rondins de bois, grosses pierres humides… ce n’est jamais reposant !

Jamais je n’aurais pu imaginer une telle difficulté. Je lis le mot de ma libellule et je me dis que ça va le faire !

À Cilaos, km65, je retrouve mon père, je me sens complètement cuite. Je file au kiné qui me masse le dos Et les jambes. Ensuite je vais voir les podologues qui me soignent mes belles ampoules.

Je mange un bon carry et je repars fraîche comme jamais ! Wow je suis même impressionnée je repars en courant ! Un bisou à papa qui attend de longues heures pour me voir 5mn … pourtant ces 5mns sont précieuses pour moi… je pars reboostee… Et tous les SMS des copains qui me font du bien aussi ! Je vais le faire, je vais le faire !

Cilaos- sans Soucy

Je repars heureuse et déterminée mais bien sûr les difficultés recommencent… je sais que tout ira mieux (normalement) après sans Soucy mais il faut quand même aller jusque là bas !

Les difficultés s’enchaînent mais je m’accroche, je prend un rythme de montée qui me convient !

Montée du Taibit…

Puis en fin de soirée je trouve un petit groupe de trois gars avec qui on s’entend bien. Je crois qu’on a envie de finir la course ensemble. C’est chouette parce que ça me rebooste vraiment et je prends un rythme plus élevé pour les suivre. On avance bien et le fait de papoter me fait passer la nuit sans trop m’endormir.

On passera Mafate de nuit (dommage!) Et je découvrirais à ce moment d’ailleurs que j’ai le vertige… dans la nuit, le ravin au bord, je me sens prise de panique… Ça ne m’avait jamais fait ça mais je sens le vide sous mes pieds jai du mal à avancer on est presque au sommet… je respire à fond, je garde mes yeux sur mes pieds… il faut avancer mon cœur bat à 100 à l’heure…

On décide de dormir 1h mais le check point de Marla pose problème : là où nous avions 2h d’avance, à Marla tout semble fondre à vitesse grand V : une erreur de calcul de la part de l’organisation ?

En tout cas, nous décidons de dormir 30mn. Sous ma couverture de survie j’entends les gars chuchoter « non mais si on reste avec elle on sera pas finisher tu vois ! » Je les entends ranger leurs affaires puis de nouveau « ben, tu la réveilles pas quand même ? » Ouais, SUPER sympa… les gars comptaient sûrement partir sans moi et sans me réveiller… je fais mine de me réveiller et ils me disent qu’on y va.

Ils partent comme des balles, je comprends qu’ils veulent me semer. Je les laisse partir. Au fond je les comprends, on ne se connaît pas, ils ont peur de ne pas passer les barrières horaires… chacun doit courir à son rythme.

Je comprends à ce moment là que la vie t’offre parfois des choses (des compagnons de route) qu’elle peut te reprendre aussitôt. Mais qu’il faut surtout voir le bon côté. Ils m’ont permis de passer la nuit plus facilement. À moi de reprendre mon propre chemin ! (Ceci dit on se croisera à chaque ravito presque Et à l’arrivée !!) je ne leur en veut pas, je suis contente de ce qu’ils m’ont apporté Et de reprendre ma voix.

Je continue mon chemin Et monte les différents cols à mon allure…

Je dois voir papa après la terrible Et interminable montée du Maido… je donne tout pour arriver en haut …

je cherche papa des yeux mais personne… zut il a du galerer pour arriver en haut. Au sommet j’ai hâte de me reposer au ravito mais on nous annonce qu’il est 15mn plus bas… j’ai du mal avec ces changements de programme car je me conditionne dans ma tête et physiquement… là, il va falloir puiser pour aller jusqu’à prochain ravito.

Finalement j’écris à papa quil vaut mieux se voir à sans Soucy, trop compliqué ici.

La descente jusqu’à sans Soucy sera une longue descente aux enfers… pentue, longue… je demande dans combien de temps on arrive « 20mn », « 15mn »… en fait

2h passeront… je suis épuisée, ronchon, j’ai envie de pleurer… j’ai besoin de me faire masser et vérifier les ampoules. Tout mon corps me fait souffrir. Je n’en peux plus des descentes.

Arrivée enfin sur sans Soucy km112, je croise mon père. Enfin… je file au ravito je demande où sont les kinésithérapeutes… la dame me répond « 50m plus bas » je fonds en larmes. Je ne veux plus faire un seul mètre. Je m’asseois, elle vient me voir toute Désolée « vous voulez une crêpe banane chocolat? » Je la regarde avec mon air de petite fille triste « OUI s’il vous plaît » et hop je me ravitaille un peu…

Elle m’accompagne au kine… MERCI madame de votre gentillesse, je crois que j’étais surtout épuisée….

Je croise Mika Et David ! Comme je suis contente de les voir ! Ils m’attendront pendant que je me fait retaper par le kine…

Les ampoules se sont pas belles …hop on refait les protections pour tenir jusqu’au bout.. après c’est le stade la redoute ou rien du tout !!!

Sans Soucy – la redoute !!

Avec ça je n’ai pas dormi, l’adrénaline de voir Mika, David Et papa … je repars reboostée à nouveau, en trottinant à petites foulées ! Je suis requinquée !

Malheureusement 2h après la fatigue viendra m’embêter… voici la 3ème nuit dehors… je commence à avancer les yeux fermés… je n’arrive pas à rester éveillée… je suis obligée de me poser sur le côté mais les raideurs qui passent m’emmerdent avec leurs frontales ils m’illuminent à chaque passage !!

Je ferais 2/3 pauses pour tenir jusqu’aux prochains ravitos puis j’activerais le mode « zombie »… cad ma tête n’existe plus, mes jambes avancent seules… parfois je me prends des racines ou des pierres et je me dit « oups attention » réveil brutal… je vois que les gens devant avancent comme moi… la même galère…

Cette troisième nuit est une horreur… on passe le secteur des pavés qui n’en finit plus… à chaque ravito je me repose un peu mais mes jambes se raidissent… je ne sais pas si ça me fait du bien ou pas. Il faut terminer… avancer… ne rien lâcher. Le timing est bon mais il ne faut pas s’endormir !

Un petite image touchante … je les ai vu marcher main dans la main tout un moment .. puis s’endormir ensemble au ravito…

Le soleil va enfin se lever et cela va beaucoup m’aider à moins somnoler en marchant… les pieds sont hyper sensibles mais qu’est-ce qui peut m’arrêter maintenant ? Je vais aller au bout, les kms défilent et me rapprochent du stade… toujours pas de repos sur le parcours même si on a finit les grosses montées… comme cette course est difficile… Et belle à la fois.

Je trouve dommage qu’on soit en prise tout le temps avec les éléments car on ne profite pas du paysage …

En revanche j’adore les encouragements nombreux de la population… je crois qu’ils savent exactement ce que l’on est en train de vivre!

Mes grigris se sont cassés pendant la course… moi qui était trop contente de les avoir avec moi… je réalise que les vrais gris-gris sont à l’intérieur, dans mon cœur. Ma famille, mes amis, mes proches qui m’envoient des ondes positives et de l’amour. C’est ça ma force. Je me dis que quand on partage les choses, que nos proches nous soutiennent, on va tellement plus loin. Bien sur ce sont mes jambes et ma tête qui me font gravir ces montagnes, mais parce que je me sens aimée je peux sentir une force IMMENSE en moi. C’est assez magique comme sensation.

Se dépouiller de l’inutile.

En gravissant ces montagnes, au prix d’un effort surhumain, on se dépouille le temps de quelques heures de tout notre confort matériel, on redevient au stade le plus primaire de notre condition humaine. Je me rend compte que je peux tout perdre demain mais si j’ai foi en la vie, si j’ai foi en moi, alors tout ira bien. Gravir les montagnes, arriver au sommet, voir les choses avec plus de recul et plus de clarté…. sentir que tout a du sens… être ici, réaliser ce chemin, accomplir des défis hors norme pour transmettre l’envie, l’espoir, l’énergie…

je me rends compte que nous avons tous une place précise dans ce monde… une « destinée » à accomplir, un rôle à jouer pour le monde. Je me sens plus que jamais connectée aux éléments… la Nature fait parti de nous, nous sommes la Nature. Je fais parti d’un tout, Et j’ai l’impression que ma vie à du sens. C’est étrange me direz vous de ressentir ca à ce moment là ? Parce que je suis dépouillée de tout.. et si proche de la Nature depuis de longues heures…

Nous avons tous un chemin à suivre, chacun le sien, pas plus important ou pas moins important qu’une autre personne. Et nous sommes reliés les uns aux autres…

Babou m’envoie quelques messages elle viendra me rejoindra après le chemin des anglais… ça fait vraiment du bien ! Et après il me restera la montée du Colorado Et ce sera terminé…

MERCI pour tout…

Les deniers kms passent tellement vite que j’aurai de l’avance sur l’horaire annoncée à papa…

Je ferais mon arrivée seule… les bras en l’air, fière de moi, heureuse.

C’est la route du chemin intérieur. 60h après le départ en fanfare, jai passe la Grande Arche du stade de la redoute.

Jamais je n’avais fait quelques chose d’aussi difficile (j’ai sûrement oublié les 88h difficiles du Paris Brest Paris !).

Je ne suis pas une championne, je ne suis pas là pour la gagne. Je suis là pour moi, pour l’expérience, pour vivre tout simplement.

MERCI à tous pour vos encouragements c’était tellement fort de vous avoir avec moi…

mille mercis et je vous souhaite de réaliser vos propres rêves (pas les miens, pas ceux des autres ! Les votre uniquement, aussi petits ou grands soient ils !)

Un IMMENSE MERCI à PoWer bar pour la nutrition au top pendant l’épreuve Et Sport 2000 Niort qui m’a aidé sur le choix des chaussures ainsi que des chaussettes trail compressport ! :))

Il me va bien le jaune je trouve :))

vaincre la mucooooooooo !!!!!!

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4 réflexions sur “J’ai survécu à la diagonale des fous…

  1. Thepinkrunner dit :

    Whaouh c’est enormissime (et le mot est faible) d’avoir réussi ce que tu as fait au delà de tout ce que tu aurais pu imaginer au départ !
    J’en rêvais pour mes 50 ans de cette épreuve mythique mais la peur du vide ou sans doute la peur tout court, m’ont empêché de la faire.
    Tu peux être fière de toi

    Aimé par 1 personne

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