Après le défi, Antoine nous parle de son ressenti et du confinement [pensées]

Après le semi-marathons des confinés, Antoine m’a envoyé ce texte que cette course lui a inspiré. Enfin je dis cette course, mais ce sont surtout ces dernières semaines de confinement. J’ai beaucoup aimé sa réflexion intérieure qui nous concerne tous et je dois l’avouer, je suis aussi dans cette période propice au questionnement sur notre fonctionnement entant que société. A force de réfléchir entant qu’individu, on en oublie le collectif, non?

Je vous laisse donc apprécier son texte, qui se lit avec du temps. Merci à lui !

De 1 à 100 km : l’utopie

04/04/2020

Antoine

Si je comprends bien, le virus est lié à plein de choses (la nature de l’homme et tellement de choses qu’on ne sait pas) mais manifestement particulièrement à la disparition des espaces de vie des 10 à 100 millions d’espèces vivantes du fait de l’étalement d’une espèce, la mienne. En se réduisant, des espèces se retrouvent à vivre en promiscuité, terrain favorable à la diffusion de pathogènes, de virus. Les scientifiques nomment ce phènomène franchissement de la barrière des espèces[1].

Dans une économie aux échanges mondialisés, la propagation est rapide et cette économie qui s’est construite sur l’idée que la terre était inépuisable et donc sans valeur (toujours se méfier y compris des savants) se retrouve vacillante d’avoir omis ce facteur.

On pourrait peut-être penser : « un mal pour permettre de corriger le modèle par l’expérience…« 

Oui mais je suis inquiet encore…

Moins pour les fin de mois des uns et des autres… Les commerçants qui sont en lien avec d’autres, les intermittents, les auto-entrepreneurs, les associations tant qu’il y aura de la nourriture accessible en quantité suffisante, la solidarité y compris spontanée a des chances de se mettre en place. Les gens ont des maisons, des appartements, ils sont inquiets mais plus ou moins bien, ils trouveront et trouvent déjà de quoi continuer à vivre… Ca sera angoissant, pas confortable mais les gens y arriveront globalement on peut imaginer et même il en ressortira des choses positives…

Par contre, les gens fragiles par leur âge, leur statut, leur isolement, leurs ressources psychologiques, eux sont déjà en train de subir le plus durement cette vague. Je pense aux enfants livrés à des parents violents, à la télé, à l’isolement. Aux personnes âgées qu’on ne voulaient plus voir mourrir et qui déjà à 80 % mourraient dans un EPHAD ou des hopitaux. On ne peut plus aller à leurs enterrements, c’est un cran de plus qui ne change rien pour celui qui meurt mais frappe durement ceux qui vivent les deuils solitaires ou connectés… Les personnels de ces établissements, comme les caissières, les éboueurs, les transporteurs… qu’on acclame mais qui était tellement moins bien payé que d’autres (sans même parler des odieux métiers de fabriquer de l’argent avec de l’argent ou d’exploiter la misère des uns) et dont je ne vois pas pourquoi la charge repose autant sur eux. J’ai personnellement été aider bénévolement mon épicier. Je le dis pas pour faire le malin mais pour interroger les règles et le manque de souplesse d’être vivant que nous prétendons être. Ai-je fait du travail au noir, de la distorsion de concurrence au regard des autres commerçants que la répression des fraudes pourraient me reprocher ? Ou l’ai-je soulagé d’une charge trop intense ? Ai-je amené plus de risques de contamination ou en ai-je moins pris que les personnels présents qui  travaillaient sans masque dans la promiscuité la plus totale et à qui j’ai pu parler de ces simples mesures (ils avaient des masques dans leurs poches) qui me paraissait leur permettre de se respecter entre eux d’abord ?

Au tout début, c’était la solidarité totale des grandes entreprises, des pays, des divers milieux politiques. La stupéfaction de la population qui semblait sur le point de se réveiller en découvrant que flinguer la planète avait des conséquences et en jurant que si nous nous en sortions, plus jamais on se comporteraient mal. Et puis, on dirait qu’on s’habitue y compris à ces plus folles suppressions de liberté. Nous sommes traqués via nos portables pour savoir où nous nous situons, des pays font des usages inquiétants de ces données[2], nous, nous envoyons déjà des drônes rappeler avec force micro de rentrer chez soi aux forcenés délinquants. Le code du travail est amendé sans débat démocratique pour faire face à l’urgence et il est probable que tout cela rentre dans le droit commun, comme avec l’état d’urgence-vigipirate-terrorisme après l’épisode parce que les dirigeants et la grande masse de la population mise en mouvement si souvent par la peur qui inonde leurs 4h30 de télé par jour (contre déjà 3h avant virus), estimera que la sécurité serait plus assurée par la restriction de la liberté de tous.

Mais le plus inquiétant c’est que les causes à l’origine de ce problème, nos modes de vies de pharaons (les petits pharaons étant les esclaves-volontaires des grands pharaons), n’est pas remis en cause. Au contraire. Or, ce virus n’est qu’un problème parmi d’autres a priori pour moi (et les quelques autres rigolos par exemple du club de rome dès 1972) pas forcément le plus inquiétant puisqu’une série de dominos est en train de dégringoler : crise économique dans un contexte de réchauffement, épuisement des ressources, acidification des océans ne peuvent qu’inévitablement mener aux déplacements massifs de population, du fait de famines, terres inhabitables ou inhospitalières et donc à des guerres de plus en plus étendues et massives[3]. D’autant qu’on voit bien la puissance de décision de nos dirigeants (8 personnes détiennent l’équivalent des richesses de la moitié la plus pauvre du globe pour illustrer ce pouvoir grâce aux enquêtes OXFAM) et on sait aussi les puissances d’armement d’aujourd’hui sans commune mesure avec les petits pétards qui ont pulvérisé Nagasaki ou Hiroshima en 1945.

C’est donc dans ce contexte très joyeux que ce matin je me suis demandé ce que je pouvais faire. Joanna Massi qui a inventé le méthode du « travail qui relie » dans le cadre de l’éco-spiritualité conseille 4 étapes : S’ancrer dans la gratitude de ce dont nous bénéficions ici et maintenant, pleurer nos peines, nos colères et nos douleurs, changer de point de vue, de paradigme et enfin s’engager dans l’action.

Et dans l’actualité j’ai aussi lu cette proposition de Marion Delas à Saumur de courir chacun chez soi un semi-marathon sur un parcours de moins d’1km pour respecter les principes de confinement. Moins la règle des moins d’1h vous vous doutez. J’y reviendrais…

J’habite dans un camping car, posé sur un terrain verdoyant au milieu de quelques jeunes gens avides de nature et de liberté comme moi et de gens du voyage. Comme moi aussi. La définition de gens du voyage, c’est juste vivre dans une habitation qui peut rouler. Il y a donc une grande diversité de profils, pour mes voisins, ils sont issus d’une communauté à la culture très différente du fançais standard que je suis en partie et que je ne saurais bien décrire…

Hier, le chat des premiers a été retrouvé mort troué par une balle. Ils sont dans une légitime colère les premiers. C’est un membre de leur famille ce chat. Un peu eux d’une certaine manière… Ca fait suite à d’autres tensions sur des vols où les seconds sont clairement pointés du doigt avec leurs fusils actifs ces derniers temps sur toutes sortes de cibles parce qu’ils ont toujours fait comme ça pour manger, se distraire et selon eux, ce n’est pas vraiment pire que manger du jambon sous-vide au supermarché ou même surfer sur internet à l’aide de matériaux extraits par des enfants en Afrique au péril de leur vie… Comment ? Vous achetez votre viande à la biocoop ? Ah oui, ça change tout !

Par ailleurs, pour le chat, on ne sait pas vraiment ce qui s’est passé. Et on n’a pas vécu les humiliations constantes de leurs grands parents, les persécutions dans les camps , comme l’exclusion, le jugement constant de ces enfants différents laissés pour compte, passant pour des demeurés au fond des classes. Je ne suis pas en train d’excuser, je comprends tellement leur peine mes voisins au chat et puis évidemment l’injustice pour ce chat qui avait pour principale activité roupiller, se faire caresser, manger et tuer des oiseaux… A lui aussi, il faudrait lui parler de la Loi du Karma…

Mais ça ne peut pas ne pas me faire réfléchir à notre relation aux animaux. Le chat est un membre de la famille, le hérisson protégé avec toute l’autorité des lois, de la morale et des armes d’un pays, mais la vache, elevée pour être exploitée jusque dans sa mort fait l’objet de repas avalé vite fait sans même une émotion avant de repartir devant son écran… nous, pas la vache… Mais sait-on jamais, on n’arreête pas le progrès !

D’autres espèces sont jugées invasives comme les ragondins qui était le chat dans certaines fermes des années 60 et évidemment dans le silence collectivement coupable 60 % des espèces sauvages ont été décimées en 40 ans par le mode de vie que j’ai évoqué plus haut qui a détruit leurs espaces… Ce qui vous en conviendrez relève moins du  fait des gens du voyage et leur sauvagerie dont on les accuse présentement à côté de chez moi…

Et pourtant encore une fois, un chat, avec lequel je n’ai d’ailleurs nullement sympathisé, qui est tué par balle, auquel de sympathiques personnes sont attachées, ça me semble à moi aussi pas forcément la voie de l’éveil des consciences !

D’autant qu’il est peu probable que l’on sache effectivement ce qui s’est passé et qu’elle étaient les intentions exactes…

J’ai l’impression que pour sortir des causes à l’origine de ce virus comme sortir des tensions dans mon quartier, il y a 2 options qui se dessinent et sont présentent en ce moment dans notre société, nos entourages comme en chacun de nous depuis toujours peut-être.

Rester en colère ou triste en accusant l’extérieur, les autres, pour mieux ignorer ses propres responsabilités et s’éviter l’inconfort d’évoluer. Ce qui ne veut encore une fois certainement pas dire qu’il n’y a pas des choses inacceptables, comme les longues listes que je viens de dresser sans en dire un millième. Ou choisir le pardon, la confiance malgré tout, encore et encore pour proposer constamment la coopération, choisir le bonheur de l’autre, plutôt que le nôtre. Parce qu’il est le nôtre du simple fait que nous ne sommes absolument rien seul. Ca ne veut pas dire de se soumettre à l’inconfort de ces autres, leurs trahisons, leurs imperfections, leurs différences, leurs crimes pour ne parler que des parts sombres chez les autres comme chez nous, mais les admettre, les reconnaître, les tolérer pour leur permettre en se dévoilant de se dissiper peu à peu en en comprenant en profondeur les causes…

Et je comprends que pas mal de philosophies prétendent que ce chemin ténu et courageux est le chemin qui nous permet à nous-mêmes d’évoluer.

Je me rends bien compte que cela nécessite beaucoup de courage, dont nous n’avons pas tous la même dose et que c’est indépendant de notre volonté qu’en fonction des situations, compréhensions de chacun, les pas sont plus ou moins grands. Un gars a d’ailleurs dit « les derniers seront les premiers ». Ca veut dire, celui qui évoluera le plus petitement et le plus tardivement sera peut-être celui qui amènera les plus grands changements…

Ainsi, je me suis dit qu’avec le km autorisé pour courir, je pouvais dans mon quartier parler de ce courage d’avancer et d’accepter les difficultés comme des cadeaux. J’ai fait aujourd’hui 22 km en 22 tours. Dans quinze joursle vendredi 17 avril, je leur ai annoncé que j’en ferais 100. J’ai détourné l’attention des 2 camps et je crois que mon appel au calme a été un peu mieux entendu parce qu’un type qui fait 100 km sur un parcours d’1km reliant les maisons de chacun, est forcément un type sérieux. Au moins dans sa folie…

Ici la vidéo des 500 derniers mètres… :

https://youtu.be/G4dvRQhStdw

Merci à Djamel, Ismaël, Marion Delas donc, et puis évidemment tous ceux qui m’inspirent d’essayer moi aussi de contribuer à faire circuler plus de lumières en moi.

Je précise bien sûr que je n’encourage nullement chacun à faire ce que j’ai fait quand bien même je n’ai visiblement pas été le seul à avoir cette idée. N’y voyez surtout aucun caractère d’exemple. Dans les villes, et même souvent ailleurs, le risque de proximité avec d’autres serait réel. Je précise que l’endroit où je vis me garantit de ne croiser sur ce parcours quasi personne et en tout état de cause pas à moins de 3 m. Si ces conditions n’étaient pas présentes évidemment je renoncerais à ces tours de hamster.

On pourrait bien entendu estimé que par principe tout le monde doit respecter les règles sans discernement. Question d’équité ! Ca se défend tout à fait. Mais j’assume un autre point de vue qui lui est supérieur pour moi. La vie est faite de choix. Je souhaite poser ces questions « si cette perte de discernement qui vise l’équité ou le moutonisme et l’incapacité d’esprit critique, de responsabilité, qu’est-il préférable si nous devons choisir ? L’esprit critique et la responsabilité individuelle n’est-elle pas trop malmené pour ne pas tenter de ramener avec prudence ceci étant un peu d’équilibre ?

Malgré nos moyens de communication moderne ne tenons nous pas plus aujourd’hui d’une masse soumise, se croyant faible et se jugeant irresponsable du destin auquel elle est confrontée. N’avons nous pas besoin dès maintenant et pour préparer demain de courage et de discernement ?« 

Sans que cela empêche de prendre la maximum de précautions, ne devons nous pas parfois choisir comme pendant la guerre, comme certains individus hommes et femmes l’ont fait entre, être tué par la gestapo, arrêté par l’armée française, réprouvé par ses voisins bien pensants ou la morale et la dignité d’être un « humain ». Bien entendu, courir pour empêcher que se monte des barricades, ou aller au chevet d’une personne âgée dans un EPADH ne fait pas courir les mêmes risque que j’évoque. C’est juste pour faire comprendre le mécanisme que je crois sous-jacent. Je crois que c’est la même mécanique.

Assumer une dissonance quand les pensées et les jugements sans réflexion et sans savoir vont vite c’est prendre le risque d’être jugé irresponsable, traitre à la patrie, aux intérêts collectifs.

J’assume d’être jugé potentiellement (et d’ailleurs peut-être tout ce que je viens de dire n’est pas plus malin que les théories économiques que j’évoquais au début) pour cet acte dans le fond bien modeste et dérisoire parce que simplement je veux faire entendre, aux côtés de tant d’autres, que nous vivons dans une secte qui est engagée de manière certaine vers le suicide collectif. La parole de cette secte nous inonde tant il est difficile d’échapper à ces médias et à nos propres bavardages, réseaux sociaux compris en boucle sur ce message qu’on laisse nous contaminer, « nous allons reprendre notre économie, rattraper notre retard et être sauvé « .

Une secte se distingue d’une religion à ceci que vous êtes soumis, vous êtes contrôlé et il est quasi impossible d’en sortir. Puisse le plus grand nombre me donner tort…

Chacune de mes foulées sera mûe par ma confiance dans la capacité de chacun à trouver le meilleur en soi.

[1]. Monde diplomatique (03/2020) – Contre les pandémies l’écologie, Sonia Shah / https://www.investigaction.net/fr/coronavirus-reflechissez-a-deux-fois-avant-daccuser-les-animaux-sauvages/

2https://www.humanite.fr/sortie-du-confinement-le-risque-du-flicage-numerique-687272

3https://www.novethic.fr/actualite/environnement/agriculture/isr-rse/science-la-perte-massive-de-biodiversite-accroit-le-risque-de-famine-mondiale-alerte-les-nations-unies-146988.html

http://www.journaldelenvironnement.net/article/le-nord-de-l-inde-rendu-invivable-par-le-rechauffement,85447

3 commentaires

  1. Hello ! J’ai lu le texte d’Antoine du début à la fin, je n’ai pas pu décroché. Ses mots sont justes, il les place là où il faut, au bon moment. C’est une belle « critique » et je partage son point de vue sur certains passages. Le dialogue peut être très intéressant avec ce genre de personne. Au passage, je découvre ton blog au passage, je m’abonne sans hésitation 🙂 Passe une belle journée !

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    • C’est vrai qu’il est long et que peu de gens prennent le temps de lire les articles comme ceci mais ça fait vraiment du bien! J’aime aussi son humilité face aux questions qu’il se pose… 🙂 merci d’avoir laissé un commentaire !

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